La France propose une taxe de 31,4% sur les stablecoins réglementés alors que l'industrie prévient d'un exode offshore
Un vaste plan fiscal visant les stablecoins réglementés en France pourrait pousser les traders vers des canaux offshore non surveillés, a averti le PDG de Chainalysis France, menaçant l'effort du pays pour des marchés d'actifs numériques conformes.
Les régulateurs français envisagent une taxe de 31,4% sur les transactions impliquant des stablecoins réglementés, une mesure qui, selon François Volpoet, PDG de Chainalysis pour la France, pourrait se retourner contre elle en poussant les traders vers des plateformes offshore opérant au-delà de la portée de la surveillance financière européenne. La proposition intervient alors que la France cherche à se positionner comme un centre pour la finance numérique réglementée au sein de l'Union européenne, mais les critiques disent que le taux punitif risque de saper cette ambition.
La taxe s'appliquerait aux stablecoins émis dans le cadre du nouveau dispositif français d'actifs numériques, qui exige des émetteurs qu'ils maintiennent des réserves complètes en euros et se soumettent à des audits réguliers. Contrairement aux jetons non réglementés, les stablecoins conformes tels que l'EURC de Circle ou l'EUR CoinVertible de Société Générale offrent des protections aux investisseurs et un adossement transparent des réserves. Le prélèvement proposé ferait des stablecoins réglementés français parmi les instruments financiers les plus lourdement taxés du pays, dépassant même les taux d'imposition des plus-values sur actions.
Volpoet a déclaré à la presse financière française que la taxe pourrait créer des incitations perverses. Les traders pourraient opter pour des stablecoins offshore émis depuis des juridictions à la réglementation plus légère, ou acheminer les transactions via des bourses étrangères qui ne déclarent pas aux autorités fiscales françaises. Cela éroderait la visibilité dont jouissent actuellement les régulateurs sur les flux crypto domestiques, rendant plus difficile la détection du blanchiment d'argent ou du contournement des sanctions. Cela priverait également les fintechs françaises de volume de transactions, cédant des parts de marché à des concurrents en Suisse, aux EAU ou à Singapour.
Le plan fiscal fait partie d'un ensemble plus large destiné à combler un déficit budgétaire creusé par de récents plans de relance. Les législateurs français soutiennent que les transactions en stablecoins devraient être taxées à des taux comparables aux échanges de devises traditionnels, et que l'industrie des actifs numériques bénéficie depuis longtemps d'un traitement plus léger que les banques. Les partisans soulignent que les transferts de stablecoins contournent souvent les frais facturés par les processeurs de paiement, donnant aux entreprises crypto un avantage concurrentiel que la taxe vise à neutraliser.
Les groupes industriels, dont l'Association pour le Développement des Actifs Numériques, ont qualifié le taux d'excessif et ont averti qu'il pourrait étouffer l'innovation. Ils notent que les utilisateurs de stablecoins en France paient déjà la TVA sur certains services et l'impôt sur les plus-values lors des conversions crypto-vers-fiat. Ajouter une troisième couche d'imposition, soutiennent-ils, rendrait antiéconomique l'utilisation de jetons réglementés pour les paiements quotidiens ou les transferts transfrontaliers, les cas d'usage mêmes que les régulateurs prétendent soutenir.
Si elle est adoptée, la taxe entrerait en vigueur en janvier 2027, donnant aux acteurs du marché environ deux mois pour s'adapter. Les premières données des bourses françaises montrent une légère hausse des retraits vers des portefeuilles étrangers depuis que la proposition a été évoquée pour la première fois fin septembre, bien que les volumes restent bien en deçà des niveaux de panique. Les observateurs surveilleront si d'autres États membres de l'UE suivront le mouvement ou si la France se retrouve isolée, créant une incitation au forum shopping au sein du marché unique. La Commission européenne a jusqu'à présent refusé de commenter, notant que la fiscalité demeure une compétence nationale en vertu des traités de l'UE.
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